samedi 1 février 2014

Comment améliorer les résultats scolaires des élèves par l’intégration des NTIC?



„Qui maîtrise l'Internet, maîtrise le Monde...”

                                                                                                            Christophe BONNEFONT

 

 Quelles sont les conditions d'intégration réussie des technologies de l'information et de la communication (TIC) en éducation ou si l’on préfère comment survivre quotidiennement avec un éléphant dans sa classe?   En effet, survivre avec des ordinateurs dans sa classe, c'est un peu comme cohabiter avec un éléphant, c'est stressant, c'est encombrant, c'est dérangeant. Que fait-on d'un éléphant? On essaie de le dompter sinon de l'apprivoiser. Il en est ainsi des technologies, on tente de les intégrer à sa pratique d'enseignement. Mais comment? En changeant ses habitudes, son comportement. Mais changer, c'est compliqué, il faut planifier, il faut contrôler et ce n'est pas évident de diriger un éléphant, pas plus que d'utiliser des équipements informatiques.

Une façon de changer ses pratiques d'enseignement consiste à intégrer les technologies numériques à ses pratiques pédagogiques. Mais il faut se rappeler que changer ce n'est pas innover. Pour qu'il y ait innovation, l'intégration des TIC doit favoriser le développement de l'un ou de plusieurs des principes suivants:

1.      multiplier les contacts enseignants- élèves en présentiel ou à distance;

2.      favoriser des attentes élevées vis-à-vis des élèves;

3.      soutenir l'apprentissage réactif, proactif et interactif;

4.      faciliter une rétroaction immédiate et efficace;

5.      améliorer et augmenter le temps d'études et de lecture;

6.      encourager les talents diversifiés;

 7. valoriser la coopération entre les élèves.

Si l'usage des TIC ne favorise pas le développement de l'un ou l'autre de ces principes, alors il y a changement, mais il n'y a pas innovation pédagogique. Mais comment et avec quels outils informatiques peut-on valoriser le développement de ces principes didactiques ?

Magli et Winikin [1] affirment « Le rapport aux nouvelles technologies n'est pas une question de compétence technique. (...) Les "performances" des nouvelles technologies à l'école ne sont pas liées à la puissance ou à la sophistication des machines... on ne peut s'empêcher de penser qu'il est plus simple de blâmer les machines que l'indigence pédagogique... Enfin, et tout est là, les nouvelles technologies à l'école ne seront "nouvelles" que si la pédagogie qui les emploie est "nouvelle" ou plutôt renouvelée. »   Est-ce exact? Y aurait-il de nobles usages des technologies en pédagogie cohabitant avec des usages indignes ou débilitants? C'est peu probable. Ce serait plutôt une question d'évolution, d'étape d'intégration. Il faut s'initier à des usages simples des technologies avant de s'aventurer dans des usages compliqués.

Pour innover au moyen des technologies, il faut d'abord se préoccuper des élèves et ensuite s'occuper des outils. C'est le fondement d'une vision humaniste, transdisciplinaire et « anthropocentriste » et d'une approche systémique de l'innovation en éducation et la base de la réingénierie de l'école à l'aide des technologies.

Trop souvent, la mise en œuvre des technologies de l'information se fait sous le signe de l'improvisation. On a cru, et on croit encore parmi les « pionniers », que la diffusion d'une innovation en éducation se fait par osmose et contagion de proximité. Cette vision « utopiste » du processus procède ainsi: un enseignant met sur pied un projet innovant faisant appel aux TIC dans sa classe. Spontanément, ses collègues, intrigués par autant d'innovation et envieux d'un tel succès, souhaitent ardemment transformer leur pédagogie, innover et participer à cette réussite éducative. Il suffit de leur transmettre le savoir-faire. La peau de chagrin se dilate et bientôt l'école tout entière est « contaminée » par les technologies nouvelles, chacun souhaitant recevoir un éléphant dans sa classe!

Malheureusement, une innovation ne se diffuse pas de cette façon dans le milieu de l'éducation. On en conviendra, cette stratégie vicariante n'a pas livré les fruits escomptés. Les quelques milliers d'utilisateurs précoces n'ont pas complètement essaimé dans leurs écoles. Les collègues du « pionnier » n'ont pas spontanément souhaité innover, ni chambarder leur pédagogie, ni réaménager leurs cours. Ils n'ont pas d'emblée convenu que la réussite d'un projet d'innovation était due à la technologie, même si cette dernière était très présente dans le projet. À cette vision « spontanéiste » de la diffusion de l'innovation, il faut opposer une approche systématique et systémique[2].

     L'approche systémique se décline en quatre étapes:

Première étape, le système école est en équilibre fonctionnel. Chacun des acteurs (directeur, enseignants, élèves, professionnels, responsable informatique, employés de soutien) tient son rôle et le système fonctionne normalement. Accomplit-il ainsi sa mission correctement et complètement? Si oui, il n'y a pas lieu de le perturber, de le chambarder. Sinon, le système école ne permet pas à l'élève de se former adéquatement à jouer son rôle dans la société. Le système- école est alors critiqué et contesté. Il est temps de le transformer.

Deuxième étape, étant donné les insuffisances du système école des innovations perturbatrices sont introduites provoquant ondes de choc et déséquilibre.
            Troisième étape, le système- école réagit à ce déséquilibre de deux façons différentes; a) rejet de la nouveauté afin de maintenir l'ancien équilibre même précaire et insatisfaisant; b) si cette première tactique n'a pas fonctionné alors le système -école tente d'intégrer la nouveauté mais en réduisant au minimum son efficacité et son impact perturbateur...C'est ainsi que les enseignants tentent d'intégrer les technologies mais en ne changeant rien à leur pédagogie. Les enseignants tentent de refaire avec ces nouveaux outils la même chose qu'avant mais plus souvent et plus rapidement.

Quatrième étape du processus, si les tactiques de rejet ou d'intégration harmonique n'ont pas fonctionnées alors le système tente d'assimiler la nouveauté technologique et de recréer un nouvel équilibre fonctionnel systémique. Alors il y a renouvellement des pratiques d'enseignement.

Ces quatre étapes se déroulent séquentiellement et le processus peut être accélérés ou arrêtés à tout moment. C'est pourquoi il est si important quand on introduit une innovation technologique en éducation de planifier dans la durée, de persévérer et de maximiser les effets perturbateurs et déséquilibrants. Tant qu'un nouvel équilibre systémique n'est pas atteint on peut affirmer qu'un établissement est en phase d'intégration mais pas encore d'assimilation. Si les novateurs relâchent la pression sur le système, l'effet nouveauté peut régresser et tout peut être à recommencer.



[1]  Pratiquer les TICE, former les enseignants et les formateurs à de nouveaux usages, Bruxelles : de Boeck, p. 63-75.
 

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